Samedi
5h - Bip bip bip. La sonnerie de mon réveil à piles m'arrache à un cauchemar étrange : Miuccia Prada s'y disputait avec mon prof de surf. Je l'éteins. Je respire. Aucune tentation de vérifier Instagram, WhatsApp ou ma boîte mail. Mon téléphone n'entre plus dans la chambre. J'ai décidé de le cantonner à sa fonction première : passer des appels.
J'ai ressorti l'appareil photo. Le dictionnaire français-portugais. J'ai même acheté une carte routière de la région. Je cherche un téléphone fixe.
10h - Je perds dix minutes à consulter un article sur les nouveaux gadgets “indispensables” à la bonne santé de notre corps et de notre peau. Le wellness est devenu plus anxiogène que le turn-over des collections de mode. On n'a jamais ce qu'il faut. Il nous manque toujours quelque chose. Il y a toujours une nouveauté, toujours plus chère. Officiellement, pour le bien-être de notre épiderme, le boostage de notre collagène dépressif, l'hydratation de nos couches sous-cutanées. Officieusement, pour alimenter une industrie qui transforme nos angoisses existentielles en millions. Milliards ?
Dimanche
9h10 - J'ouvre l'email que vient de m'envoyer Peggy Frey. J'avais hésité à lui proposer une interview. Je ne la connais pas vraiment en dehors de nos échanges sur Instagram. Elle a pourtant accepté immédiatement, avec cette générosité qui se lit sur son visage. Ses réponses sont jouissives. Certaines personnes imprègnent de joie de vivre tout ce qu'elles touchent. Peggy en fait partie.
10h - Je vois passer un post sur Instagram : "What if Denmark just stops the export of Ozempic to the US?". Je ris. J'imagine l'allure d'un tapis rouge post-sevrage d'Ozempic.
17h - Le retour du pull camionneur me met en joie. J'ai l'impression d'être à nouveau en CE2.
Lundi
8h - Largage de mon 7th grader préféré. Il grandit. Douze ans. Son pantalon d'uniforme est déjà trop court.
8h18 - L'estomac alourdi par la peur, je scrute la plage de São Pedro. Dix jours plus tôt, je me suis à moitié noyée en surfant dans une mer compliquée, un courant retors m'ayant coincée dans la zone d'impact des vagues. J'hésite à y retourner. Je ferme les yeux. Je rationalise : les conditions sont correctes, c'est une plage différente, Julien est là. J'enfile ma combinaison. Je pénètre dans l'eau. J'ai peur. Plusieurs vagues passent avant que j'ose tenter quelque chose. Je rame. Je sens l'eau me soulever. Je saute. Je glisse. Je reconnecte.
11h - Point final à l'article sur le Pitti Uomo. J'ai adoré scruter tous ces looks et une évidence s'est imposée : j'en ai fini avec le tout baskets. Vingt ans que je ne porte que ça. Et là, j'en ai assez. Je veux des chaussures en cuir. Quelque chose de robuste. Je veux que mes jeans se cassent sur un cuir qui se patine. Je veux des Paraboots.
Mardi
7h40 - Le soleil tarde à se lever. Tant pis. Je pars quand même. Le vent est glacial, je n'ai pas froid. Depuis que j'ai accepté de m'équiper correctement (parka légère mais isolante, capuche couvrante, zip fluide, manches à bords-côtes), mes escapades quotidiennes se font dans un confort absolu. Dix minutes plus tard, je fais face à l'océan. Pas une âme sur les sentiers en contrebas. Ce décor digne d'un film de Nolan n'abrite que moi. La côte est pourtant densément habitée. Les villas à plus de dix millions y poussent comme des champignons venimeux, mais aucun de ces nouveaux arrivants ne semble prêter attention à ce qui se joue ici, chaque matin.
9h10 - Je jette sans regret la fin du flacon Milky Boost de chez Clarins, qui peluche au moindre coup de pinceau un peu trop appuyé. La différence avec la CC crème d'Erborian est folle : tenue impeccable, aucune sensation de peau sèche, texture invisible.
10h - En lisant cet article sur la nouvelle tendance "poetcore", je réalise que mon envie de couper avec les technologies, mon besoin intense de silence et mes longues promenades en solitaire ne m'appartiennent pas vraiment.
15h - Les capes d'épaules ne m'avaient guère convaincue en 2012 chez Burberry. Quatorze ans plus tard, Prada confirme mon ressenti négatif à l'égard de ce gadget lilliputien.
Mercredi
13h - Je découvre la campagne Chanel de Matthieu Blazy. Les images ne diffusent pas grand chose. Jolie villa, jolies filles, jolie lumière. Rien qui accroche ou qui impose une vision. Je parcours les papiers détaillant les inspirations du nouveau DA et soudain l'ensemble devient plus intéressant : La Pausa, l'olivier, Cocteau, Dalí, le Train Bleu, les étés de Chanel, les clins d'œil à Schall. Seulement voilà : une campagne, pour moi, c'est comme un tableau. Si on a besoin de l'explication pour ressentir quelque chose, c'est que c'est raté.
16h - En découvrant le hair code du show Dior Homme, je me dis que si la tendance du "blond pipi fluo" prend, je vais pouvoir zapper le balayage au profit d'une décoloration bien moins chronophage.
Jeudi
5h30 - Alexandre Mattiussi est en train de me convaincre de ne pas jeter définitivement le léopard aux oubliettes. En le mariant à un bleu roi intense, il lui ouvre en effet de nouvelles perspectives.
10h - Retour de mon cours de Reformer. Je teste ma boîte à lumière pour photographier ma dernière sculpture. Pas facile de trouver le bon réglage, mais c'est déjà mieux que ce que je bricolais dans mon atelier. Avoir des images plus professionnelles marque une étape : oser me montrer.
15h - Les photos de défilés me laissent souvent à distance. Prisonnières d'une démarche mécanique, les mannequins peinent à fusionner avec le look qu'elles portent. Je préfère de loin les images backstage. C'est là que je comprends l'énergie du vêtement. C'est là qu'il existe vraiment.
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