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Peggy Frey : "J'ai décidé d'adopter la règle de ne plus m'imposer de règles"

Entre regard qui pétille, spontanéité lumineuse, curiosité inépuisable et style fleurant bon la liberté absolue, Peggy Frey n'a pas son pareil pour insuffler à la mode une bonne dose de joie de vivre. C'est aussi une femme que j'admire profondément et à qui j'avais envie de poser une foule de questions…
Peggy Frey
Quels sont les vêtements qui ne rentreront probablement jamais dans ton armoire ?
Rah, j'ai appris avec le temps qu'en mode il ne fallait jamais dire jamais… Néanmoins, je doute que des Crocs passent un jour le pas de ma porte… Je suis team Birkenstock.

Y a-t-il une pièce que tu peux admirer sur les autres mais que tu ne porteras jamais toi-même ? Pourquoi ?
Des talons ultra hauts. À bien y réfléchir, des talons tout court ! Ça fait des années que je n'en porte plus… par flemme, je pense. Je trouve ça pourtant très beau : une belle paire de talons peut tout changer. J'admire sincèrement les femmes qui cavalent toute la journée sur 10 centimètres. Respect absolu.

Si un bon génie te proposait de réaliser un souhait "fashion", quel serait-il ?
Mais quelle bonne question ! Je demanderais à ce génie d'aller illico subtiliser la totalité du dressing du peintre Mark Maggiori ! Il a une collection de vestes et blousons RRL complètement folle, inspi western of course ! Je prends tout ! En plus, je pense qu'on fait la même taille ! Et je ne vous parle pas de sa collection de tiags.

Quand tu composes un look, qu'est-ce qui compte en premier : la matière, la couleur, le volume, la sensation sur la peau ?
Un peu tout ça à la fois, avec une mention spéciale pour les matières. J'aime les matières douces, enveloppantes, souples. Je suis très picky sur les cotons par exemple. Je recherche toujours les cotons un peu vintage, ultra légers, limite transparents. Je déteste avoir la sensation d'être entravée par un vêtement.

As-tu une base de look sur laquelle tu construis différentes tenues ou te réinventes-tu chaque matin ?
Je suis bien trop fainéante pour me réinventer tous les matins ! Tout part d'un jean ! 501 souvent. Vintage la plupart du temps.

Pour toi, le style prime-t-il sur le confort, ou l'inverse ?
Plus je vieillis, plus le confort prime… le défi étant de ne pas transiger sur le style. Ce qui peut être assez challengeant.

Comment définirais-tu ton style aujourd'hui ?
Doux et joyeux. En tout cas, il l'est pour moi. J'entends par là que ce que j'enfile le matin me rend heureuse. Me donne même parfois le sourire. C'est une mode qui me ravit et c'est tout ce qui compte. Enfiler par exemple une chemise à carreaux vintage shoppée au fin fond des États-Unis pendant un road trip me transporte. Je mise de plus en plus sur des pièces qui ont une histoire. Quand je porte les vestes en quilt vintage de Lady Lancaster, j'ai l'impression de porter un petit trésor. Je suis un peu la gardienne de cette pièce. J'ai une pensée émue pour les personnes qui ont travaillé des heures durant sur cette pièce il y a 50 ans… Idem avec les pièces shoppées chez Crowley Vintage à New York. J'ai craqué l'autre jour pour un gilet brodé à la main… sans doute 200 heures de travail ! Il date des années 70. Je l'aime d'amour. C'est cette fameuse mode à supplément d'âme ! Celles qui te nourrissent par leur histoire ! Je chéris littéralement ces pièces. Pour moi, le luxe ultime est là… il n'est pas lié à une griffe.

As-tu toujours eu ce style ou s'est-il construit par phases ?
Il a beaucoup évolué au fil des années, au fil des rencontres, au fil des humeurs également… Il est changeant et c'est là toute la beauté de l'affaire, je trouve. J'aime l'idée de ne pas être figée : de tenter, tester, rater, performer… Le style est une matière vivante, il ne faut pas avoir peur de le challenger. En ce moment, je dirais que je suis dans ma période American workwear. J'ai dévoré les volumes 1 et 2 de An Anthology of American Workwear de la collection Avant. Une mine d'infos ! Là, je traque la parfaite farmer jacket dans les friperies, la bonne salopette en denim…
Peggy Frey
Quel rôle le vêtement joue-t-il sur ton humeur du jour ? Est-il révélateur de celle-ci ou te permet-il de la modifier ?
Je suis plutôt de nature joyeuse et la mode vient ajouter une dose de bonheur là-dessus. Mais la mode au sens large du terme, pas seulement celle que j'enfile le matin. Regarder mon dressing suffit à me mettre en joie ! C'est d'ailleurs pour cette raison que j'ai installé mon bureau dans mon dressing : c'est la pièce dans laquelle je me sens le mieux ! Comme je ne peux pas porter toutes mes pièces tous les jours… je les expose et je me rince l'oeil au quotidien.

Penses-tu au regard des autres en t'habillant ?
Ça fait longtemps que je me moque totalement du regard de l'autre. En mode et dans tous les autres domaines d'ailleurs. C'est le cadeau que mon papa m'a fait quand il est décédé. J'avais 20 ans et j'ai compris beaucoup de choses. Quoi de plus important dans la vie que les personnes que tu aimes ? Tout le reste, c'est du vent. Ça ne compte pas ! Y compris le regard de l'autre… J'ai vite compris que celui-ci pouvait être paralysant. Tu trouveras toujours des mauvaises langues pour te juger, pour se moquer, pour te freiner… et ce, quoi que tu fasses, quoi que tu mettes… donc autant se libérer de ce regard et kiffer, profiter, porter ce que tu veux. Encore une fois, la mode est censée être un plaisir. Autant se gaver, non ?

Quel est ton rapport à ton image aujourd'hui ?
Le même qu'il y a 30 ans : simple. Je veux dire par là que je ne me pose pas vraiment de question. Je m'accepte comme je suis.

Le fait d'être une figure connue de l'univers de la mode a-t-il changé quelque chose dans ta manière de te vêtir ?
Je ne me vois pas comme ça… donc non. Tout ça est encore lié au regard que l'autre peut poser sur toi, et j'ai la chance de ne vraiment pas y être sensible.

Ressens-tu une pression particulière en période de fashion week ? Modifie-t-elle ta manière de t'habiller ?
Mes premières fashion weeks, oui un peu : je réfléchissais davantage mes looks. Ce qui pouvait donner des tenues assez improbables, dans lesquelles je me sentais d'ailleurs déguisée. Ce n'est jamais bon de se sentir déguisée ! Aujourd'hui, je ne me mets pas de pression. Je vis les fashion weeks comme une spectatrice, pas une actrice. Dans mon coeur, je suis journaliste ! Comme toi, je suis celle qui va analyser les tenues des autres… la mienne n'est pas le sujet !

Que penses-tu que tes vêtements racontent de toi pour quelqu'un qui ne te connaît pas du tout ?
Bonne question… J'imagine qu'ils racontent que je ne suis pas quelqu'un de prise de tête.

Quel est le vêtement que tu portes le plus souvent ? Pourquoi celui-là ?
Hormis mes jeans 501, je dirais une veste à franges en daim vintage. J'aime bien l'idée de twister une tenue lambda (genre jean/tee-shirt) avec une pièce plus forte ! Encore un truc de fainéante !

Avec le temps et surtout en travaillant dans la mode, on accumule les vêtements. Comment gères-tu ta garde-robe : dons, reventes, archivage ?
Je donne beaucoup à des associations type Renaissance au Québec ou Secours Catholique en France. Je garde toutes mes très belles pièces pour ma fille Pia. Elle a 18 ans et commence à me piquer pas mal de pièces ! Ce qui remplit mon coeur de joie.
Peggy Frey
Arrives-tu à porter tous les vêtements que tu possèdes ?
Aujourd'hui oui, car ma consommation mode a beaucoup évolué. J'achète moins mais mieux. Je suis beaucoup moins dans l'accumulation qu'avant.

As-tu parfois l'impression d'avoir trop de vêtements ?
J'ai eu cette impression, oui ! J'ai profité de notre déménagement à Montréal pour faire un énorme tri dans mon dressing. J'ai beaucoup, beaucoup donné et me suis promis de ne plus tomber dans le piège de l'achat « on ne sait jamais » : cette fameuse pièce que l'on achète sans grande conviction, qui finit par traîner 5 ans dans nos placards sans aucune sortie. J'ai donc banni les pièces « ON NE SAIT JAMAIS » ! Cette technique est hyper efficace ! Réduire la cadence accroît considérablement la qualité de ton dressing !

Fonctionnes-tu plutôt à l'achat réfléchi ou au coup de coeur ?
Rah, j'adorerais te répondre que chaque achat est réfléchi… mais ce serait d'une grande tristesse, non ? La vie est une succession de coups de coeur ! La mode n'échappe pas à la règle. D'ailleurs, les achats coups de coeur sont souvent les meilleurs ! J'ai acheté par exemple, sur un énorme coup de tête, un manteau léopard Sonia Rykiel en seconde main il y a 15 ans : je le porte encore aujourd'hui. Idem pour ma farmer jacket Bode… une folie, que je porte à tout bout de champ ! J'ai rarement regretté un crush mode !

Achètes-tu un vêtement en fonction de ceux que tu possèdes déjà ou fais-tu confiance à la pièce pour trouver sa place naturellement ?
Je suis bien trop bordélique dans ma tête pour réfléchir à tout ça ! J'achète et je vois après !

Y a-t-il une personne qui influence ta manière de t'habiller ou ta philosophie vestimentaire ?
Jenna Lyons, of course ! Je suis allée fouiner une fois dans les placards de son appartement de Soho à New York… j'en rêve encore ! Grand moment de mode pour moi. Elle a ce chic légendaire pour mixer les styles, les genres, les couleurs, les matières… Elle a su briser avec brio de nombreux codes. Elle s'est quand même pointée à la cérémonie du Met Gala en veste en jean ultra skinny et jupe longue rose bonbon. Ou encore, en jupon de tulle/gilet de pêche ! Et ça fonctionne ! J'adore son audace. Je salue sa malice ! Il est vrai que j'essaie de m'en inspirer parfois… à mon petit niveau.

As-tu un souvenir d'enfance lié à l'habillement qui influence encore ta manière de t'habiller aujourd'hui ?
Ce n'est pas un souvenir mais plutôt une phrase que me disait souvent ma grand-mère Maya : « Singularise-toi ! ». Je n'y arrive pas toujours mais quand j'hésite justement sur une pièce un peu trop forte… je garde cette phrase en tête.

As-tu un souvenir fort et précis lié à un vêtement ?
J'ai 17 ans, je suis avec ma maman dans une boutique chic de Reims. Elle essaie des vêtements, je zone entre les portants… quand soudain je tombe sur une merveille : un manteau redingote Max Mara noir. La coupe était ajustée juste ce qu'il faut, la longueur était parfaite. Il était divinement marqué à la taille… Je ne résiste pas à l'envie de l'enfiler : j'ai l'impression d'être Winona Ryder dans Edward aux mains d'argent. C'était le genre de manteau que Keira Knightley aurait pu porter dans Orgueil et préjugés. Dieu, que ce manteau était parfait ! Je l'ai reposé la mort dans l'âme, maman ne voulant pas céder à un « caprice » d'adolescente. Si elle savait… C'était il y a 31 ans, et je pense encore à lui aujourd'hui.
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Y a-t-il une "règle" vestimentaire que tu ne t'imposes plus aujourd'hui ?
Justement, j'ai décidé d'adopter la règle de ne plus m'imposer de règles ! Je fais ce que je veux ! Je porte de l'homme si j'ai envie, je porte jusqu'à trois tailles au-dessus de la mienne si j'ai envie. Souvent, quand je fouine au rayon homme, je me dis : « Mais pourquoi je n'y ai pas pensé plus tôt ? ». Il y a 10 ans, ça ne me traversait pas la tête de regarder l'homme ! De manière inconsciente, on se met souvent des barrières ridicules.

T'inspires-tu de choses extérieures à la mode pour composer tes looks ? (films, romans, chansons...)
Bien sûr ! Je m'inspire de mille trucs, de mille personnes ! Insta est une source inépuisable. En ce moment, je scrute les comptes @themotleyvintage et @growl_ari… et je me régale ! Je scrute les films aussi, beaucoup ! Dernièrement, j'ai adoré les looks de Margaret Qualley dans le film Mon Année Salinger. Il faut utiliser toutes ses sources, c'est une façon d'avancer, de se trouver. Et surtout… c'est sans fin et je trouve ça très réjouissant.

Quel conseil vestimentaire donnerais-tu à une adolescente aujourd'hui ?
Amuse-toi ! N'écoute personne et fonce ! Réinvente-toi sans cesse. Porte des pièces qui te donnent le smile, qui te font du bien.

Y a-t-il une pièce que tu aimerais transmettre à ta fille ?
Toutes ! Mon dressing est déjà open bar pour elle. J'aime l'idée de ne plus être là, mais que mes vêtements me survivent. Qu'elle puisse se blottir dedans, qu'elle enfile telle ou telle veste le jour où elle a besoin de force, de sentir ma présence. C'est ça aussi la mode : c'est un prolongement de la personne qui peut apporter du réconfort. Quand j'ai perdu mon père, l'une des premières choses que j'ai faites est d'aller respirer son placard. Je me suis littéralement enivrée de ses vêtements. J'aurais aimé que ce dressing m'engloutisse. Tous ces costumes, ces pantalons en velours, ces pulls en cachemire, ces chemises à carreaux… c'était lui ! Ils sont imprégnés de lui. Aujourd'hui, je porte souvent les vestes de mon père et je peux sentir sa présence. C'est d'un réconfort inouï pour moi. Ça m'apaise. L'idée que Pia puisse avoir cette même sensation un jour me réconforte. Je sais qu'elle me trouvera via le vêtement.

Aurais-tu un conseil pour aborder le vintage sans tomber dans le déguisement ?
Commencer par cibler des friperies ordonnées. Histoire d'y aller en douceur. Et encore une fois, se faire confiance. S'écouter. Cette pièce te parle : prends-la ! Une règle d'or en friperie : ne pas réfléchir trop longtemps au risque de la rater ! Chaque pièce est unique… Tu n'auras pas de seconde chance. Une super boutique vintage : THANX GOD I'M A V.I.P. ! La sélection est top et tout est classé par couleur… Une façon douce de commencer. Ensuite, vous serez prêts pour Kiloshop.

Est-ce le vêtement qui s'adapte à ta vie, ou ta vie qui s'adapte au vêtement ?
Dernièrement, c'est le vêtement qui s'est adapté à ma vie ! Les hivers sont très rudes à Montréal, on peut avoir -20, ressenti -25… Bon, ben là, il n'y a plus de style !

Son compte Instagram : https://www.instagram.com/peggfrey/

Son article "Le bon style" rédigé en 2024 : https://fr-be.tendances-de-mode.com/2024/07/08/4727-peggy-frey-le-bon-style
Par Lise Huret, le 21 janvier 2026
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6 commentaires
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EliaIl y a 4 heures
J’ai quitté Instagram il y a 3 mois, et elle est probablement le seul compte qui me manque un peu (à côté de la liberté et de la maîtrise du temps retrouvées c’est bien peu de choses!)
Mais ça me fait d’autant plus plaisir d’avoir la surprise de découvrir son interview aujourd’hui !
Dommage qu’elle n’ai pas d’autre canal de communication comme toi Lise!
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Lise (TDM)Il y a 2 heures
Je suis heureuse que cette interview t’ait permis de passer un peu de temps avec elle. :)
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DelhissIl y a 4 heures
J’aime aussi Peggy Frey, solaire, optimiste, son grain de malice teinté de nostalgie qui surgit parfois. Qui fait toute sa force. Elle plonge et renaît de ses failles, elle est vraie. L’anti psycho rigide, tout ce que j’aime.
Merci Lise pour cet échange!
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Lise (TDM)Il y a 2 heures
Elle fait du bien dans le paysage mode !
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V.Il y a 1 heure
Fabuleux article. Sans doute un de mes préférés. Hyper inspirant.
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SamanthaMIl y a 52 minutes
Je ne la connaissait pas, très sympa cette interview. Elle m'a donné envie de me réconcilier avec les friperies !
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